Je pataugeai en limite d’estran,

Je pataugeai en limite d’estran,
L’eau se retirait tranquillement,
Vaguelettes évaporées
Bulles de vase plissée,
Lorsque je m’entendis héler :
– Hey, pataugeur à crocs !
Cela faisait bien vingt minutes
Que je n’avais croisé ni vu personne.
Un cri de mouette peut être ?
Je levai les yeux
Vers le grand ciel bleu
Sieste chez les mouettes.
– Hey, mitaine, gaffe tes crocs !
Là, la voix me vient d’en bas,
Nasillarde aigüe enfouie, …
Il y a bien un vers de vase
Entre mes pieds.
– Oui, c’est moi qui t’cause !
– Euh, bonjour toi qui m’cause.
– C’est comment ton nom ?
– Appelle-moi Phil. Et toi ?
– Par ici on me nomme buzin
Ya d’autres noms pour mes cousins.
– Et donc tu sais causer français ?
– Suis comme toi citoyen.
– Certes, j’en conviens.
Et tu causes c’est chouette.
– Tu n’te fais pas pas chier
Dans ton monde là ?
– Tu bégaies, ver enfoui ?
– Je sais, c’est naze,
J’suis ému d’être
Lilliput
Voix qui sonne
Comme un couinant klaxon
Des jours comme celui-là
Même j’m’effraie.
– Si j’peux t’aider
Dis-je apitoyé.
– Oublie moi,
Bats-toi
Pour ton monde
Qui creuse sa tombe.
Il s’est enfui
Enfoui.
J’ai dû pleurer
Comme un benêt
D’avoir causé
Avec buzin
Le ver de vase.