Saison 2018

Souvenir de Louis

L’année? No se. Escapade était amarrée – cul au quai, tête sur ancre – au quai central sur la rivière de Crac’h. Je pense que ce fut la dernière année que La Trinité fut un spot du circuit des régates classiques pour un tas de raisons. Dont celle-ci.

Compte tenu de l’accueil plutôt détestable, des régates gérées n’importe comment pour les non locaux, nous avions décidé de dîner à bord plutôt que d’aller partager le repas – cher mais officiel – au yacht club trinitain. D’autant plus que l’année précédente, nous avions été relégués le plus au fond possible de la salle de repas.

Nous entamions le repas lorsque nous fûmes hélés depuis le quai par Louis Kerrand. Of Kraken.

– Je me suis échappé de ce dîner, puis-je venir à bord?

– Bien sûr!

Là, il nous raconta que pour un montant proche de celui d’un restaurant 4 étoiles, la SNT avait mis à disposition des « invités régatiers classiques » du pain, des boites de pâté Henaff et des cubis de pinard! Pas très content, même virulent.

Louis a rattrapé le temps gastronomique perdu. Ensuite, nous avons, comme il se doit, raconté des souvenirs communs d’histoires de traversées, de régates et de moments partagés.

Ce fut une sacrée bonne soirée.

* Légendes: Paul Mc Cartney et George Harrison à bord & Escapade au mouillage à Ster Wenn

 

 

 

Kenavo Louis.

 An amzer a dro
An Ankou a sko*

Juillet 1992.
J’embarque sur Kraken II pour une régate en baie de Douarnenez. Le départ n’est pas encore annoncé qu’à bord, chacun est « au taquet ». Sous l’impulsion de Bertrand Kerrand, le fils, les virements d’entrainement s’enchainent dans la brise soutenue tandis qu’à l’intérieur, Louis, le père, cuisine… une manivelle de winch dans la ceinture. « Une main pour la cuisine, l’autre pour le bateau, me lance-t-il ! » Ecrire que l’engagement est total relève de l’euphémisme et, si je n’ai pas souvenir du classement final, j’ai conservé une phrase lancée en fin de régate : « le style maison ce n’est pas de faire de la figuration ».


Extrait de Kraken II, Dervin d’enfer, Chasse Marée N°259

*Le temps passe, l’Ankou frappe

La vérité sur le Foc Nouille

A l’heure où l’on discute subjectivement de la pertinence des diverses vérités contenues dans les lieux d’expression que sont devenus les réseaux sociaux (on se souviendra que le rhizome est la tige souterraine et parfois subaquatique remplie de réserve alimentaire de certaines plantes vivaces, marrant non? Quant au social, il est produit par les interactions dites sociales qui influencent nos comportements, attitudes, perceptions et réactions).

Reprenons le fil de l’eau et le foc nouille.

Le foc, on le connait sous toutes ses formes, généralement facile à utiliser avec son point de drisse et son point d’amure fixes et le point d’écoute doublement maîtrisé par … l’écoute (ce qui traduit l’intelligence du marin en matière de vocabulaire adapté).

On lira ou relira les 7 hypothèses relatives à l’étymologie du FOC dans le désormais incontournable ouvrage Le Dictionnaire Insolite des mots marins.

Or, le foc bermudien et donc triangulaire (!) nécessite a minima des écoutes correctement lovées pour circuler et de la coordination dans la gestuelle du virement de bord qu’elle que soit ses tendances. J’ai connu d’excellents équipiers, experts en foc et pourtant zoophiles. Oui chère Madame!

Donc, l’association foc + nouille s’avèrera souvent comme néfaste à la progression efficace contre les vents dans le nez (l’expression « les vents dans le nez » fera l’objet d’une autre digression) car, lors du virement de bord, l’optimisation de la vitesse en nœuds dépend de la fluidité des nœuds embarqués disponibles.

Aussi, de fake à fuck news, les Anciens avaient anticipé. As usual. 

Illustrations. Alarmy & Projet de GSE North sails par Nicolas Yvon

 

Mois de labeur au Légué

Il est toujours utile de (se) rappeler l’ensemble des travaux réalisés depuis que Saba – après avoir été remise à l’eau à Paimpol puis été convoyée au Légué – s’est installée à Saint Brieuc.

Et que le yacht eut bénéficié de soins avisés sous la haute autorité de Benoît, le boss de AD Saint Brieuc Plaisance. Shipchandler et nettement plus! Motoriste, électricien, électronicien, …

Travaux – donc – effectués en grande partie dans le superbe hangar Rosengart de la CCI

Grutages et garages très bien effectués par les services du port.

Après l’aérogommage de la coque, le diagnostic fut aisé, donc, c’est parti:

– CharpentierCharpente marine du Légué    Marc Nicolas

Tribord: changement de bordés

Dépose du cale pied avant tribord, scarff, nouveau cale pied, …

Bâbord: changement partiel de la préceinte (avant et arrière), de bordés, pose de remaillets sur 2 bordés. Soit plus de 20 mètres linéaires de bordés changés.

Réparation et changement de l’hiloire tribord (rouf et cockpit)

Réfection du capot coulissant

Doublage en CP des deux roufs

– Avec Béatrice, Sophie, Benoît (surtout) et ma pomme.

Gros boulot. Apprêts, peintures oeuvres mortes et vives, vernis. Décapage total post aérogommage. Enduits, Sous couche totale grise.

Puis peinture coque au pistolet (3 couches) & sous marine au rouleau (3 couches)

Décapage des vernis, démontage des hublots de rouf.

Ponçage pont, nettoyage ancien Sika, défonçage et préparation entre les lattes d’iroko, nouvelle application de Sika.

-Divers « détails »: remonte accastillage, winchs, balcons, rematage, etc….

-AFPA sous la haute autorité de Ronan: nettoyage du guindeau et des winchs.

-Electricité, électronique, moteur: révision, réparation et optimisation par Benoît.

-Passage de drisse de foc effectué par Jean Paul qui est resté accroché là-haut entre 30 mn et 3 jours suivant l’interlocuteur!

Et voilà! Il manque des détails et surtout des heures de travail. Quand on aime, compte-t-on?

 

 

 

Convoyage en mer d’automne. Récit avant l’hiver.

Un jour, tu pars, un autre jour tu arrives (sentence Pagan)

Bon, donc, là, après quelques mois de refit sous la haute autorité de Benoit, il fut décidé de quitter Saint Brieuc pour regagner les cieux rochelais.

A météo peu amène, tu dis amen et tu vas vider un godet en observant la fuite des nuages : même eux se cassent !

Marée nocturne.

Départ prévu le samedi à la marée. Jolie dépression en cours tout à fait encline à ouvrir les bordés et à démolir les enduits, sous couches et peintures de coque avec la possibilité que Saba ressemble à un drakkar bordé à clins. La mésaventure était arrivée au sortir de chantier à Marans : cueillis par un 6/7 arrière dans le pertuis breton ! On ne pouvait s’y méprendre : Saba était construite en bordés francs. Et ça se voyait.

Donc départ reporté effectué le lundi très matin.

Eclusage aux sunlights tandis que les pêcheurs rentraient. Le long chenal voiles hautes, petit travers. C’est parti !

Des vents secteur Est annoncés. Et confirmés.

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Autoclavé ! Ou le convoyage (h)ilarien*

Toujours un plaisir de retrouver les yachts classiques à Port Louis où les services du port n’ont d’égal que ceux de Paimpol : amabilité, disponibilité et hyper efficacité.

Passant outre les propos de Patrick B. à mon sujet (Philippe a pour habitude d’embarquer des mineures !), Patricia & Christophe m’avaient confié le convoyage d’Ilaria, ravissant cotre de 15,80 m dessiné par Laurent Giles et construit en Italie. Convoyage à titre gracieux parce que le canote le vaut bien. J’avais recruté Pascal alias Babybel Blitz * qui lui-même recruta Romuald, le Napoléon Grek***. Deux vrais marins avec lesquels on manœuvre sans trop de commandement comme on profite de l’instant en optimisant la navigation.

Proclamation des résultats de la première étape de la PLR dont on retiendra le translation showman alias mister VP C° du YCC. La version GB fut plutôt plus rigolote que la Frenchie. D’autant que les mêmes Anglais déploraient la franchouillitude des vacations qui leur interdisait d’avoir accès aux infos utiles. Brexit punishment ? Puis ce furent diner d’équipage et bar papotages.

Après que nous l’ayons avitaillée (!), Ilaria accompagne la flotte jusqu’à la ligne de départ et suit les démêlés réclamatifs entre Kraken et Cervantès.

Et hop ! Direction Douarnenez dans la brise fraichissante in ze pif. Entre 20 & 25 nds. Un ris et le yankee. En croisant Initiatives Coeur à Samantha Davies et Le Mutin, patron Cédric. Bavardages VHF.

– Le yankee tu vois tellement bien sous le vent que tu as du mal à lever ton QI pour endrailler la trinquette !

Hormis le mode d’emploi de Christophe, les indications techniques étaient écrites en italien. Le terme « autoclave » (chauffe-eau) devint notre leitmotiv. Autoclave par ci, autoclave par là. Au bout de deux jours, nous pratiquions l’italien du mode d’emploi. Equipage hilare à bord de la belle Ilaria.

Remontée donc pour s’arrêter mouiller sous Penfret. Guindeau HS et davier quelque peu tordu qui, avec de la chaine de 10, laissaient augurer d’un relevage musclé. Le vent s’établissait à 25 nds de Nord ! tandis que nos voisins sautaient dans les vagues courtes, Ilaria se dandinait élégamment.

Au diner, après les entrées, ce fut un couscous spécial Penfret animé par les discussions techniques électricité et moteur de Romuald. La marée baissant, les vagues se calmèrent.

Au matin, la mer est celle du vent descendu à 15 nds.

A l’évidence, le démouillage allait être hard ! A la mano, of course!

Nous recourûmes à la technique de l’aussière frappée sur la chaine et remontée au winch de foc. Le parcours était direct, bien utiles les passavants dégagés et le pont flush deck !

Soulagée au moteur, la bagarre musclée dura une heure et l’ancre finit par déraper. La chèvre de Monsieur Seguin combattît toute la nuit. Muscles surchauffés pour les matelots mais le job was done.

Go to Penmarch au débridé (1 ris & yankee) puis yankee réduit en baie d’Audierne, vent du raz, vers Pouldreuzic. Entre pays Bigouden, Glazik et Penn sardin.

– Avec, furieux d’y être coincés, le Capistes, commenta Romu qui ne les apprécie guère.

Direct vers la Vieille et la Plate, courants poussants. Jolie lumière. Vent fraîchoux.

Ascenseur de 2 heures après la basse mer, passées les 2 frangines du raz, Ilaria absorbe les habituelles vagues désordonnées, très élégamment.

Enfin, on ouvre au travers, cap sur Douarn ! Avec des pointes d’euphorie à plus de 10 nœuds.

L’entrée dans l’écluse du Port Rhu est hors horaires administratifs. La capitainerie de Tréboul informée de notre arrivée, avait balisé de rouge et blanc les 16 mètres de ponton nécessaires à accueillir la belle italienne.

Envoi : envisageons Ilaria dans la prochaine Classic Channel Regatta. Je dis ça je dis rien, isnt’it Patricia et Christophe. Le message est fort peu subliminal, m’enfin!

* Ilaria est un prénom définissant quelqu’un de joyeux. St Hilaire rigolait tout le temps. Ce qui a donné hilare. Nous avons donc bien rigolé.

** La vitesse quantitative d’absorption de la pâte cuite blisterisée rouge par le susdit: à ne pas voir!

** on nomme les Groisillons Grek car leurs Groisilllonnes avaient toujours une cafetière (grek en breton) sur le feu pour réchauffer les pêcheurs de la famille à leur retour. Pontivy fut Napoléonville, d’où le raccourci sémantique.

Port Rhu 1992.

Escapade (tauds bleus) à couple de Stormy Weather

La dockside fait-elle le marin?

A-t-il le pied plus marin l’individu qui chausse des docksides tous les jours de l’année que celle ou celui qui alternent chaussures de ville, de sport, charentaises et docksides?

La réponse à la question est particulièrement cruciale lorsque les beaux jours reviennent et que les embarquement houleux vont reprendre.

Après avoir lu cette enquête, amigo, tu ne regarderas plus jamais tes docksides sans sentir venir un léger haut le coeur nauséeux.

Pour cette étude nécessaire, j’ai donc élaboré le panel le plus exhaustif possible. Mais en même temps – Mac dixit – considérant le budget limité à rien de l’étude (frais de transport limités because les grèves perlées, invitations aux arrivées hasardeuses à cause des postiers branleurs,  …), je me suis cru autorisé à faire participer le seul cobaye sujet que j’avais sous la main. Ma pomme en l’occurrence qui s’est prêtée spontanément à l’interrogatoire non sans le taxer de schizophrène. Toujours moins définitif que schizosapin dirait mon pote Borgnole, Jean Louis Borgnole.

Je ne gonflerais pas le lecteur avec la liste des desiderata mais irai droit au but.

Dans les deux cas, la réponse est positivement oui: on peut avoir le pied marin – et par contradiction le mal de mer – en santiags, en tongs, pieds nus, en ballerines, en espadrilles, en bottes de 7 lieues, en docksides of course, … le pied marin est en réalité une histoire d’oreille interne.

Pour ne pas en rester à ce stade, l’enquête porta sur les bottes de mer, les cuissardes, les chaussures de ski, … mais ceci est une autre histoire. Je m’en voudrais d’abuser de votre patience par ma science. Kenavo amigo!

Abruti!

Je papotai, verre à la main, lors de ce charmant buffet plancha sous le soleil d’entre les tours rochelaises organisé in & out du plus ravissant club house atlantique pour célébrer la fête en général et celles de notre hôte et de Madame particulièrement. Tout allait au mieux et n’avait guère de raison de s’interrompre dans la béatitude sereine. Ou la sérénité béate. La mer scintillait à la légère brise solaire.

J’entendis, proféré à voix forte par un ex blondinet frisé, le terme « abruti » . Ma parano ne fait qu’un tour:  s’agirait-il de ma pomme? Je tressaille en transes. Avant, neurones palpitants, de me souvenir que le-dit garçon qui occupa ici une fonction créative & présidentielle, avait pour coutume de saluer ainsi son voisin comme d’autres disent bonjour ou salut. Traiter son prochain d’abruti est pour lui une marque d’intérêt, peut-être aussi d’affection. Le côtoyer convainc l’apostrophé que ses marques d’affection tonitruantes sont infectées de purulences paranoïaques. On ne peut s’enterrer à Sainte Marie des champs et se persuader être homme de mer. Il tança donc d’un ferme « abruti » l’assemblée, ce qui m’amène ainsi-soit-il à m’interroger:

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La ligne de flouttaison

Ce furent – encore ! – de grandes manoeuvres autour de Saba la semaine dernière.

Ponçage: après la coque, les 3 couches d’apprêt gris Marine Nationale et des enduits à n’en plus finir. Mais comme le dit Benoit: « tant que ce n’est pas lisse au toucher…. »

Ponçage pré vernissage des hiloires de roof et de cockpit: le vernis incrusté à poncer c’est vraiment, mais alors vraiment……. le grisé s’accroche.

Ponçage pas fini: la bôme en spruce, les mains courantes, …. bataille contre le grisé et le brillant. Ceux qui savent compatiront petit patapon.

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Supplices marins

Avant de reprendre la saison de navigation, je conseille aux armateurs, capitaines, parons, skippers et à leurs épouses d’inciter leurs équipages à lire ces lignes afin qu’ils ne s’imaginent pas être les maîtres à bord ad vitam aeternam.

Nous allons parler de cale. Non celle qui laisse envisager de bonnes bouteilles entreposées, ni celui – sans e – qui vient au matelot lorsqu’il tire sur les bouts’. Aux matelotes aussi mais j’en vois qui rêvent.

Attention! Les supplices de la cale peuvent entrainer de graves blessures et suffocations entrainant le décès du consommateur patient participant !

D’abord, il faudra se souvenir que ce sont les Hollandais qui ont fait la promotion de ce charmant divertissement: si votre capitaine est batave, gaffe!

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