Sabaïdi &/or Adios Laos …baw pen nyang

Quand les éléphants se battent, ce sont les fourmis qui meurent.

Voyager est – comme fut- pour la plupart aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte. Pour d’autres découvrir d’autres territoires pour des motivations diverses. Aujourd’hui, le tourisme permet de comparer son existence à celle des autres. Il sert aussi, comme pour les découvreurs, à améliorer ses connaissances. Et enfin, comme à l’origine, s’imaginer s’installer ailleurs. Et pourquoi pas « trouver l’herbe plus verte » dans une parcelle où l’on se sent bien.

Là, ce fut retour au Laos après de nombreux séjours, le dernier remontant à quelques années.
J’aime vraiment le Laos, pour ses paysages certes, mais particulièrement pour les Laotiens, peuple aussi calmement affairé que disponible à l’autre, au « farang » « farangset » (étranger et plus particulièrement français). Ce n’est pas parce que tu es heureux d’être un touriste que le local doit se joindre à ton bonheur. Ben si et souvent y participe. Il suffit souvent d’un signe ou d’un regard.

Donc, lorsque tu t’adresses à lui, le Laotien est charmant et disert … dans les limites de sa langue simple dont tu n’as appris que 5 ou 6 mots et qu’il n’en pratique guère d’autre ! On peut donc partager un moment agréable juste pour l’instant de se sourire. Et même de rigoler pour rire à partir d’un sourire !

Luang Prabang, cette bourgade que j’aime depuis longtemps – où je découvris un jour que Pierre Desproges y vécût – surtout parce que nous la connûmes bourgade paisible où, après 3 jours de déambulations, on reconnaissait tout le monde. Ou presque. Et que j’avais connu le nom de cette petite ville en même temps que j’apprenais ma Belle. Et sa famille of course.
Avec le temps, nous avions vu apparaitre les mobylettes chinoises chevauchées par les jeunes des villages voisins qui, enfin, pouvaient monter à la ville, mais aussi les cyber cafés, le marché de nuit Hmong et l’allongement de la piste de l’aéroport. Les bâtiments de l’aéroport qui sont passés du style colonial et avions à hélice aux gros porteurs et à l’architecture worldwide airport. Tandis que les touristes de plus en plus nombreux découvraient la capitale du Royaume du million d’éléphants.

Apprendre à donner calmement une banane à un éléphant goulu

Bonheur partagé car on ne va pas là par hasard, culture et culturel, ethnies et art de vivre, les eaux du Mékong descendent plus vite du Nord que l’immémoriale tranquillité laotienne alors que, paradoxe, les montagnards Hmong sont les seuls à grimper direct la pente. La culture du riz sur brulis au flanc des versants abrupts en témoigne : qui peut tenir en tongs sur de telles pentes où la glissade est fatale ?
Donc, visite au pays que j’aime de cœur, le sien qui m’y amena et le mien qui s’y rendît avec toi.

Avant que le passé ne disparaisse sous les tombereaux de dollars de de la bienpensance conservatrice de l’Unesco, on peut suivre la baignade des buffles sur la rive d’en face et les barques échouées sur les rives de la Nam Khan.

Intermezzo – depuis des lustres, nous apprenions – re – le pays seuls ou du moins avec nos enfants, grands connaisseurs du terroir et cette fois-ci, nous avions opté pour un tour avec guide. Le tour tu suis ou pas, le guide, Sing, fut vraiment un must.

Bouddha Akbar !
De l’incongruité de prier un dieu étranger, son Dieu, dans un pays imprégné d’un autre. D’autant plus imprégné que cette divinité fait partie intrinsèque de la vie sociale : alors même que chez nous, la survivance religieuse ne se remarque qu’au travers de chefs d’œuvre d’architecture religieuse visités par des croyants disséminés et des pratiquants de circonstance.
Ici, le Bouddha est éternel et omniprésent. Ses gestes et son sourire font l’éternité humaine.

A propos des Hmong animistes. Ce type de croyance est plaisant puisqu’on a ses divinités à portée d’esprit et de mains. Aisées à solliciter comme à punir. Tu n’es pas satisfait de son intervention ou de sa réponse, tu la colles dans un coin ou tournée contre le mur.
Nous pratiquions cela en retournant Jésus sur son crucifix nez au mur au-dessus du lit de ta grand-mère, remember baby !
Tu te boudes toi-même à l’aide de ton moi en bois, en terre ou en n’importe quoi. Qui pourras te survivre sans qu’il soit réellement utile aux autres. De la divinité sur mesure, le dieu prêt-à-porter. Je plie les gaules avec mes dieux, j’emporte ma spiritualité avec moi.

Omniprésence de l’empire du Milieu
Omniprésence chinoise avec l’encombrement brutal des foules chinoises en touristes. Le TGV est en construction et le programme de 115 barrages hydro-électriques qui va démolir le charme au profit des profits des nantis, comme ici au doux pays de France. Les Laotiens apprennent les langues de la prostitution chinoise à défaut de l’anglais. Ici, le villageois ne vote que pour son village. Scrutin obligatoire sous haute surveillance.

L a belle histoire française au Laos
En 1893, le royaume de Luang Prabang est forcé d’accepter le protectorat français pour tout le pays. Henri Mouhot (1826-1861), Francis Garnier (1839-1873), Ernest Doudart de Lagrée (1823-1868), Louis Delaporte (1842-1925), Louis de Carné (1843-1871), Auguste Pavie (1847-1925), tous ces voyageurs ont laissé leur coeur et leur vie pour la cité royale.
Le long protectorat français se clôturera par Dien Bien Phu, le mortel prétexte où nos soldats combattirent et moururent dans l’indifférence de leur propre pays.
Il demeure encore beaucoup de souvenirs français, des bâtiments administratifs, des maisons coloniales, le bilinguisme franco lao et les bornes kilométriques au long des routes. L’oxygène patriotique est plus pur qu’en métropole.

Donc, on dira – et nos enfants diront – que nous connûmes le doux Laos avant le début de l’invasion chinoise.

L’ambassade de France à Vientiane, retour amer au pays.
Vigipirate là aussi sévit. Murs rehaussés, caméras, portes renforcées, … l’arsenal est en place. On pourra se demander pourquoi?
Lors des visites précédentes, nous ne pûmes ni montrer ni patte blanche ni passeport et encore moins visiter la maison où Béatrice, Florence et leurs parents vécurent.
Protégés (de nous?) dans leur guérite à vitres par balles, les factionnaires fonctionnaires laotiens nous expliquèrent par micro interposé que cette maison était le centre de sécurité de l’ambassade et que nous ne pouvions entrer dans l’enceinte sans avoir pris RV « à cause de Vigipirate ». Le fait d’être contribuable français français n’autorisait rien de plus. On peut s’interroger sur l’utilité de telles dépenses.
Nous avons fait un tour de la cathédrale du Sacré-Cœur où Béatrice et Florence firent leur première communion.

Envoi
Il est une sorte de rage à se convaincre que les paradis disparaissent et que notre ombre n’y survivra pas. Ce n’est pas l’âge – on en fait ce qu’on veut du poids de ses années ! – mais l’ultime voyage qui ensevelira passé pensées, présent vivant dans un futur sombre. Alors, construisez des cairns éphémères. De bois, de pierres, partout, discrètement. Minuscules ou gigantesques c’est votre empreinte que vous construisez au bord du chemin. Ne peut-on s’avouer sans égotisme que se survivre est nécessaire pour ne pas avoir été totalement invisible à défaut d’avoir été utile ? Se survivre est indispensable à se vivre. Respect du monde autant que de soi.

Bibliographie familiale

A lire de notre fils Cyril : Laos la guerre oubliée

Et puis le meurtre de la princesse à Luang Prabang
dans Kenavo Chères Amours

 

 

 

Merci à Béatrice et à Florence pour le sabaïdi lao trip.

Baw pen nyang ….pas de problème