Comment ne pas écrire un livre et gagner plus que des droits d’auteur

Livre_HarleUn beau jour, discutant avec Claude, je découvre qu’elle rêve – mêmes les actifs pragmatiques ont des rêves, surtout eux car ils font bouger le bazar – de réaliser un livre sur Philippe, son architecte naval à elle qui inventa les formes, les couleurs et les techniques ad hoc (j’utilise beaucoup ad hoc ces derniers temps, un tic verbeux ?), son amoureux et le père de leurs filles.
J’engageais le deal avec Sophie P., éditrice aux Editions du Télégramme, arguant de l’intérêt du sujet (production des bateaux, dynamisme des séries, culte des plaisanciers, …) et imposait un contrat de co-auteur car non seulement Claude fournissait la substantifique moelle et l’iconographie mais, de plus, traduisait très bien ses sentiments en mots et phrases.
Il s’en est ensuivi au moins 3 diners duels – dans tous les sens du terme – généralement autour de magrets de canards indubitablement arrosés bordelais (mais pourquoi as-tu apporté du vin, j’en ai plein !) sous une forme libre d’amertumes libératoires, de commentaires les pieds sur terre et de souvenirs précis : le sourire et les arguments de la dame étaient prenants autant que surprenants.


Ces soirées là, j’ai utilisé copié ses mots, surtout évité les miens – ceux qu’elle n’apprécie guère pas plus que certains de mes commentaires – pour écrire qu’une belle rencontre vaut plus qu’un ego dissipé.
Ensuite, ce fut rencontres avec ceux qui tenaient à parler de lui à travers elle. De belles rencontres auxquelles – je m’en aperçus plus tard – elle téléphonait ensuite pour savoir. On ne laisse pas aux autres raconter sa vie.
Plan, synopsis, les trucs incontournables. L’éditrice chez Claude pour détrousser l’iconographie – j’ai utilisé ce jour-là le prétexte de caréner Saba, mon bateau de bois -, le diner à La Rochelle où Claude, invitée, ne choisit que des vins locaux « les moins chers, ils sont chers ».
Tout allait bien sauf que. Soyons vrai.
Mes discussions avec la Dame transformaient l’ouvrage témoignage en roman d’une vie où la fiction n’avait guère de place. Je ne sais pas prendre du recul pour formater les sentiments.
D’autre part, ma sensibilité communicante s’insurgeait contre la ou le maquettiste désigné par l’éditeur « parce qu’il n’était pas cher » pour réaliser le livre de Claude pour Philippe, l’épouse énergique de l’architecte qui transforma les formes et les couleurs des voiliers de plaisance (outre ses autres réalisations). C’est un livre d’architecte, pas un ouvrage sur la layette.
Donc, j’ai dit adios à l’éditrice. Claude m’en a voulu. Mais l’ouvrage est paru. Et Claude m’en a dédicacé un exemplaire.L'auteur et Claude Harlé qui a préface ce livre
Je ne regrette pas mon choix et sans doute l’ai-je fait à cause d’elle : on ne cède pas à la facilité.