Channel Classic, l’invincible Regatta – 2 de 3

La suite de la première partie, et oui!

Thalamus, le ketch vert, dessiné par François Sergent (1911-2000) au chantier Rameau à Etel en 1963/1964, mesure 14.50 m au pont, 10,10 m à la flottaison, 3,51 m au maitre bau, 1,86 m de tirant d’eau et déplace 11,43 tonnes. Assis dans le vaste cockpit, Paul Mazars raconte l’histoire du yacht familial : Thalamus succéda à  Ailes Blanches, un robuste ketch de 10 m de type norvégien. Lorsque mon père commande son nouveau bateau, j’avais 18 ans. J’ai suivi chez Rameau l’avancement du projet : vu ces merveilleux charpentiers travailler à l’herminette le massif de quille, ployer les membrures acacia à la vapeur, réaliser le bordé en double plis d‘acajou croisés. Ce chantier a disparu, dommage. Les voiles, commandées chez Tonnerre, se sont révélées d’une qualité remarquable : 50 ans et 30.000 milles plus tard, j’en utilise encore certaines ! Le bateau fût immédiatement parfait et ne nécessita que quelques mises au point. Partis de Belle-Ile le 19 juillet 1964, nous sommes parvenus le 28 juillet à Madère après une navigation – au sextant et au CONSOL – sans aucun problème. Le retour entre Madère et Tanger, vent debout, fut nettement plus humide. Ensuite, Thalamus gagna Toulon où il fut tellement longtemps amarré que c’est toujours son port d’attache « officiel ».

20 me Plymouth La Rochelle 2012

– Mais Paul, pourquoi ce nom de Thalamus qui relève plutôt du cerveau ?

– Mes parents étaient neurochirurgiens.

De 1965 à 1980, avec mon père, en famille, avec des amis et mon frère, le ketch navigue en Méditerranée : Istanbul, la Grèce, l’Italie, l’Espagne  et même la France. Avec, au mouillage dans la baie de l’Alycastre à Porquerolles ou, si le mistral est là, danse l’anse de Port Man à Port-Cros., la même question : « Pourquoi aller si loin, le paradis, c’est ici ».

En 1982, j’achète Thalamus à mon père et le remonte jusqu’à Caen par les canaux : Rhône, Saône, canal de Bourgogne, canal de l’Yonne, la Seine jusqu’à Honfleur puis le port de Caen qui l’hébergera plusieurs années. Puis, ce furent des années de croisières familiales en Manche et en Atlantique. En 1987, au mouillage au Minihic, le bateau est pris dans la tempête qui l’entraine avec son coffre sur toute la largeur de la Rance avant d’échouer sur la plage de Saint Suliac, plage de sable heureusement. Les réparations sont réalisées au chantier Labbé à Saint Malo au voisinage de Pen Duick.

C’est en peignant les œuvres vives que je découvre que l’eau douce s’est infiltrée entre les deux plis d’acajou du bordé et que j’enfonce le doigt dans la coque. Je décide de mettre le bateau au sec en attendant d’avoir les moyens de le faire réparer: le « séchage » durera 12 ans.

Enfin, en 2007, je peux  enfin envisager une restauration sérieuse chez Hubert Stagnol, à Bénodet. Avec le concours de Madame Paule Sergent qui non seulement copie les calques mais va surveiller les travaux, n’hésitant pas à donner des ordres aux charpentiers ! La charpente est conservée, mais le bordé, le pont, les hiloires et le roof sont refaits.

C’est au printemps  2007 que Thalamus retrouve l’eau salée à Bénodet.

– Je m’en souviens Paul, j’étais de passage avec Béatrice à bord de mon Maïca Saba (CM 224). Tu nous as montré tes poches vides (sic) et je t’ai parrainé pour entrer au Yacht Club Classique.

Le lundi, après le briefing de 11h et un dernier verre au pub « pour la route », les yachts gagnent la ligne de départ. Dehors c’est vent nul et courant côtier de gros coefficient. Pas facile  de décoller de la côte ! Comme il y a de la route à faire et des festivités à Paimpol, le Comité de Course annonce que les yachts peuvent utiliser leur moteur pour passer la ligne. Décision opportune car Thalamus, bien placé mais non manœuvrant, descendait en travers vers le bateau jury, poussé par le grand yawl bermudien Baltic Bris (de 16,70 m dessiné par  T. Sunden en 1947). Le yawl et le ketch dégagèrent au moteur le temps de franchir la ligne.

Observant des concurrents qui s’éloignaient rapidement voiles fasseyantes et moteur plein régime, Cécile  lança :

– Les Anglais font la régate au moteur ?

– Avec l’élan qu’ils prennent, en coupant le moteur maintenant, ils devraient arriver sur l’erre au milieu de la Manche, commente Éric.

Au fur et à mesure que nous sortions de la baie, le vent montait. Nous fîmes une route nettement au nord de la flotte où le vent était plus frais et, surtout, allait tourner de petit largue à travers.

– Nous avons tout envoyé, se souvient Xavier : spi, GV, artimon et trinquette d’artimon.

L’option de route fut payante puisque les yachts plus sud durent tirer des bords en fin de traversée.

A l’aller, le convoyage depuis l’Aber-Wrac’h avait été similaire : des conditions tellement idéales que Cécile, Éric et moi-même étions restés sur le pont, goutant le bonheur des mouvements doux d’un yacht classique qui marche tout dessus. La descente fut du même tabac, juste un peu de réduction pour absorber le vent de travers forcissant, le spi remplacé par l’asymétrique et la trinquette d’artimon rangée dans son sac.

A la tombée de la nuit, nous entrions dans le rail descendant. Bonne marche, bonne visibilité, Thalamus bien équilibré et le diner qui mijote en bas. La voix de Paul le Centralien se lève :

– Sommes-nous en route de collision avec ce gentil machin ; est-ce que quelqu’un a relevé le gisement à angle constant ?

En fin de matinée, le vent nous abandonna au nord de Bréhat. Il fallut ruser avec les courants vifs pour gagner le chenal où la brise se réveilla. Le temps d’un gros déboulé vers la ligne d’arrivée en compagnie de Mabel qui loupa son empannage. Pas nous !

Les festivités paimpolaises et le tour de Bréhat

Le feu d’artifice de la fête nationale – Bastille Day pour nos cousins anglais – éclaira les 74 yachts classiques, amarrés dans le bassin du port,  arborant majoritairement l’Union Jack.

Lors du diner des équipages dans la salle des Fêtes, l’animation fut à son comble lorsque près de 200 marins montèrent sur la scène pour entonner une version de Santiano librement adaptée comme hymne officiel de la Channel Classic.

Après une journée de repos, les yachts sortirent du port pour les régates autour de l’archipel bréhatin.

Paul l’armateur avait dû rentrer à Paris et nous avions embarqué Gilles Conrath et Benoit Tostain comme experts en rocs et courants locaux. Bon départ dans le Ferlas sous spi puis bords dans le chenal du Trieux, longs bords à raser les pavés et à optimiser les contre courants. « Tous derrière tous derrière et Thalamus devant » aurait chanté Georges Brassens qui vécut à Lézardrieux.

A l’heure du déjeuner, du Kerpont à la Chambre, la côte bréhatine fut envahie de yachts classiques à l’ancre. La coque verte de Thalamus  était amarrée derrière la vedette d’un copain et le ketch sous artimon ne bougeait pas malgré les risées qui descendaient de l’île Logodec.

Deuxième round, il faut y aller. Mais le vent est très faible et le retour à l’écluse dans les temps compromis si le tour en sens inverse était lancé. Une “Danse des Classiques” dans le SE de Bréhat est organisée. Le principe est simple : les yachts passent et repassent devant le bateau jury qui note les extravagances d’attitude et vestimentaire des équipages. L’humour anglais n’a guère de limites lorsqu’il s’agit de s’amuser de soi-même en compagnie des autres. Cheers.

L’entrée dans le port s’effectue en parade au son du bagad et des vivats des badauds amassés le long du quai sur lequel Jean-Yves de Chaisemartin, le Maire de Paimpol, remettra les prix de la journée.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Les commentaires sont fermés.