Channel Classic, l’invincible Regatta – 1 de 3

Cricket à Herm

Ce matin-là, à St Peter, les équipages s’affairent pour la régate de clôture de la Channel Classic à courir dans les courants musclés de Sercq. Seule ombre au grand beau temps, le vent est aux abonnés absents. L’épreuve étant annulée, le Comité de Course, propose aux concurrents de se retrouver à Shell Beach, dans le nord-est de Herm. Sur place, l’organisation est rodée et deux pneumatiques effectuent la navette entre les yachts à l’ancre et le rivage, embarquant ladies, hommes, bières et transportant balles, battes et « wicket » de cricket. Une fois sur la plage, les Français bénéficient d’un rapide briefing sur les règles essentielles de ce  sport terriblement british; puis, les matchs acharnés se succèdent entre les 30 yachtmen britanniques et leurs 5 homologues malouins et paimpolais. Le jeu fut fair-play (exception faite du redoutable batteur guernesiais embauché pour l’occasion par les Britanniques déjà supérieurs en nombre). Cet après-midi-là, l’esprit de la Channel Classic Regatta souffla sur Herm.

Historique de la Channel Classic Classic

Accessible aux yachtmen « depuis 1866 », le bar du Royal Dart Yacht Club était le lieu idéal pour retrouver Bruce Thorogood, le Président et créateur de la Channel Classic Regatta.

 « Tout a débuté en 2003 lors de la première Perros Classic où je fus l’unique Anglais à participer avec mon yacht d’alors : Cariacou, un plan Kim Holman  de 1967. Je pensais que la meilleure façon d’inciter mes compatriotes à participer à la Perros de 2005 était d’organiser un prologue puis une régate de Dartmouth à Perros. L’idée rencontra immédiatement un grand succès et la Classic Channel est ainsi née. Nous avions établi des relations constructives avec Herve Elies, le propriétaire de Palynodie II (S&S). Chez lui, la passion l’emportait souvent sur la modération en termes de compromis, … Toujours est-il qu’il fallut trouver un autre port d’accueil en Bretagne. En 2007, la SNBSM de Saint-Malo accueillit la flotte classique mais, malgré le succès, ne souhaita pas continuer. Après avoir envisagé Dinard puis Tréguier, nous reçûmes un accueil tellement enthousiaste du Maire et du Capitaine du Port de Paimpol que nous n’hésitâmes pas. D’autant plus que les atterrages sont bien balisées, que le port est en centre-ville et que la municipalité nous offrait la gratuité des places et de la salle des fêtes ». Efficace et souriant, Bruce doit nous quitter car la parade et le prologue débutent demain et qu’il tient à s’assurer de tout.

« Si tu veux embarquer à bord de Mabel pour les prologues, bienvenue ! »

L’une des originalités de cette régate, est d’être gérée par une association anglo-française dénommée CRAB (Classic Regattas Anglo-Breton) dont l’objectif est de garantir l’indépendance future de l’épreuve et de permettre aux participants de prendre part à sa gestion et à son développement. Ainsi, chaque propriétaire ou skipper de yacht inscrit à une édition de la CCR devient membre pour deux ans ; les équipiers pouvant aussi devenir membre associé.

Par contre, la direction de la régate est confiée à « Classic Regatta Management Ltd », une société à responsabilité limitée administrée par trois personnes désignées par l’Association mais juridiquement indépendantes de celle-ci. L’objectif est de ne pas exposer les membres de l’Association CRAB à des poursuites éventuelles résultant du déroulement de la régate.

Mabel ex Mabel Amelia

Pour répondre à l’invitation de Bruce, j’embarque à bord de son yacht pour les 2 jours de prologue.

Mabel, comme ses deux bateaux précédents, est dû à l’architecte Christopher Rushbroke (Kim) Holman (1925 – 2006). Construit en teck et acajou chez A.H.Moody & Sons en 1966 aux normes Lloyds 100A1, le sloop bermudien mesure 12,57 m au pont, 9,10 m à la flottaison, 3,30 m de large, 2 m de tirant d’eau et déplace 11, 5 tonnes.

« Mabel Amelia, son nom d’origine,  participa à la Course Round Britain race de 1967. Le bateau y fit dernier car, outre des problèmes de gréement et l’arrivée en force des multicoques, l’équipage avait pour règle de diner en habit. D’abord vendue à Mrs & Mr Laing., c’est un Américain, Bud Payne qui l’acheta en 1974, le rebaptisa Shearwater et l’exporta vers Manchester, Massachussetts. En 1980, le bateau partit vers la Californie via le Canal de Panama ; son nouveau propriétaire, Stan Crapo fit effectuer d’importants travaux avant de tomber malade et d’abandonner le sloop durant neuf ans. En 1989, Kathryn et Jeffrey Barnard, après avoir changé son nom en Kathryn Anne envisagèrent une circumnavigation qui tourna court lorsqu’ils divorcèrent. Le bateau fut revendu à un Anglais expatrié, David Parrrot, qui appela le yacht Pendragon avant de l’amarrer dans la marina d’Oxnard, au nord de Los Angeles. C’est là que je l’ai acheté en 2005. Je suis plutôt partisan de ne pas changer le nom d’un bateau mais je tenais à rendre à mon yacht son nom d’origine. Comme je trouvais Mabel Amelia difficile à prononcer – essayez de dire ce nom à la VHF dans un moment de panique! – je n’ai donc conservé que Mabel. (Prononcer Mébeul)

Cependant, le bateau n’était pas en état de rejoindre l’Angleterre sans de sérieux travaux. D’autant plus qu’étant sur la côte ouest, il fallait traverser le Pacifique et l’Océan Indien. Aussi, Mabel traversa les Etats-Unis en camion jusqu’à Galveston au Texas avant d’embarquer pour Southampton. Si la coque a souffert des 4000 kms de cahots autoroutiers américains, Mabel est assurément le yacht signé Kim Holman détenteur du meilleur temps sur la traversée ouest-est des Etats-Unis !

La restauration fut effectuée dans le Devon près de chez moi au chantier Baltic Wharf; j’ai eu la chance de pouvoir utiliser le savoir-faire de Pete Nash qui travailla avec moi, ou plutôt moi avec lui.

Le pont fut refait ainsi que l’accastillage, le gréement, le système de barre ; remplacé par un Nanni, le vieux moteur Perkins, vendu à Hong Kong, retraversa vers la Californie !

Je considère que les yachts classiques devraient bénéficier d’une restauration complète tous les 20/25 ans. Après sa première restauration de 1980 puis celles de 2005 et 2008, Mabel est donc un yacht chanceux.

Depuis le rapatriement en Angleterre, nous avons navigué en Irlande et participé à plusieurs régates classiques dont les Classic Channel Regatta, la course Fowey – La Rochelle Race en 2010, la Plymouth – La Rochelle Revival de 2012 et 2014 et sa prochaine édition de Juillet 2016 »

Les prologues prolongés de Dartmouth

L’accueil à Dartmouth est tel que les soirées sont aussi belles que les régates.

Le vendredi, aussi efficace que souriante, l’équipe de la Channel Classic accueillait au club-house les équipages des 90 yachts amarrés dans la rivière Dart pour le briefing de la Dartmouth Classics, le pot de bienvenue, le diner et un passage au bar avant le retour à bord.

Le samedi à 10 h, la parade sous voiles s’effectue dans la rivière ensoleillée puis les yachts s’éparpillent dans Start Bay pour le parcours triangulaire lancé à midi.

Dans le tout petit temps, les locaux jonglent avec le courant côtier tandis que les autres tentent désespérément de gagner la première marque. Certains innovent avec des tribords en marche arrière. A bord de Mabel, tout se passe bien dans la bonne humeur efficace. Seuls 3 concurrents franchiront la ligne d’arrivée.

Après un passage au bar du club house, les navettes emmènent tout le monde sur la rive opposée pour le fameux diner au « Old Market Square » où les musiciens locaux donnent le ton à d’interminables joutes chantées anglo-françaises. Les retours à bord étant contingentés par le service de rade et les pubs qui ferment,  certains équipiers doivent trouver des solutions alternatives pour dormir.

Le dimanche, les yachts sortent pour la Sunday Bay Race courue dans les mêmes conditions que la veille. Ce qui permettra à certains équipages de se reposer de leur soirée. Après le thé « à la crème du Devon » servi au Royal Dart Yacht Club se déroule la remise des prix suivie d’un barbecue. Et d’une fin de soirée où le lecteur sait.

J’en profite pour remercier Bruce et son équipage de ces deux jours à bord de Mabel et pars poser mon sac à bord de Thalamus.

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